Ramzan

Ramzan

Plus tard, je serai footballeur pro

Texte: Jehanne Bergé - Photos: Johanna de Tessières

Il est 16h45, Ramzan saute de la camionnette du Club conduite par Salah, direction les vestiaires. Il enfile son maillot jaune et bleu. Quelques minutes plus tard, il déboule sur le terrain avec un grand sourire, les joues rougies par l’excitation. Deux fois par semaine, l’entraînement, c’est son moment.

Récompense après l’effort pour Ramzan, 10 ans, qui vient de Tchétchénie. Il dispute une partie de kicker avec ses camarades à la buvette du club de Kraainem.

Sur le bord du stade, parmi les autres parents, Milena. Les deux échangent des regards complices. Si ce footballeur en devenir se débrouille si bien, c’est aussi grâce cette femme qui a quitté la Tchétchénie et un mari violent en 2013 pour offrir une meilleure vie à ses enfants.

Une femme, deux enfants, trois valises

« Ramzan avait deux ans et demi quand on s’est enfuis. Aujourd’hui, quand je repense à tout ce qu’on a traversé, je me demande où j’ai trouvé cette force. » En 2015, après de multiples rebondissements en Russie, Pologne et Autriche, elle décide de tenter sa chance en Belgique. Elle arrive seule avec ses deux enfants et trois valises. « Un homme est venu nous chercher à la gare des bus et nous a déposés devant la porte du Commissariat général aux réfugiés et aux apatrides. C’était le petit matin, il faisait froid, j’étais épuisée, je ne comprenais rien. »

Les voilà embarqués dans le tourbillon de l’enfer administratif et des procédures. Pendant plusieurs semaines, la famille passe de centre en centre.

Le lieu de vie exigu que Ramzan a partagé avec sa maman et sa sœur au centre Fedasil de Rixensart. Aujourd’hui, la famille a quitté le centre et vit dans un appartement à Wavre.

Finalement, Ramzan, sa sœur et sa mère trouvent refuge au centre Fedasil de Rixensart, leur situation se stabilise. L’enfant joue dans le grand jardin avec ses copains venus du monde entier, Félix, Orphée et Mahan. Marc, l’animateur, remarque leur habilité au ballon et leur propose de rejoindre le Kraainem FC, un bénévole s’occupera des trajets. Après quelques hésitations, Ramzan débarque sur le terrain en 2016. Très vite, il se laisse gagner par l’enthousiasme. « Notre Coach Randy nous prépare aux matchs, nous apprend à jouer collectif, à tirer, à dire ‘ici je suis derrière toi’. »

Des histoires de ballon et de rencontres

Les entraînements sont des exutoires pour ce petit garçon qui grandit dans l’angoisse administrative de l’asile. En juillet 2020, les papiers de Milena sont refusés. Il faut entamer de nouvelles procédures et déménager du centre. Grâce à l’aide de Romane, cheffe-scout de Rixensart, la famille s’installe dans un appartement à Wavre.

Ramzan fait du skate devant son nouveau logement à Wavre en rentrant de l’école. Ici, il revit et retrouve une certaine liberté de mouvement.

Pas question d’arrêter le foot pour autant. Salah, bénévole du club, propose de venir le chercher directement à sa nouvelle adresse pour qu’il puisse continuer les entraînements avec son équipe U11 et poursuivre son rêve de devenir aussi fort que Ronaldo, son joueur préféré. « Dans la cour de récré, tout le monde dit que je suis le plus fort de l’école en foot, et on me demande souvent dans quel club je joue…»

Chez lui, dans le couloir, trône son skate. « Plus tard, si je ne suis pas footballeur pro, je serai skater pro. » Ramzan est tellement passionné par sa planche à roulette, qu’il a lancé une chaîne Youtube de skate avec ses copains. On le retrouve aussi sur Instagram où il devient le maître des « live », des vidéos en direct.

À la maison, il reste de la Tchétchénie les appels WhatsApp à sa grand-mère, quelques mots dans une langue qui n’est plus la sienne et les mantis, ces raviolis que Milena prépare avec amour.